Les puces

La puce est le parasite externe le plus souvent rencontré chez les chiens et les chats. Ctenocephalides felis est l’espèce responsable de la vaste majorité des cas de pulicose chez les animaux domestiques. Il s’agit d’un petit insecte piqueur dépourvu d’ailes. L’adulte mesure de 1 à 4 mm de longueur ; son corps est aplati latéralement et est recouvert d’une épaisse couche de chitine. Les pattes sont longues, fortes et adaptées pour le saut.

Seul le stade adulte est parasite. Les puces adultes se nourrissent de sang et peuvent ainsi provoquer de l’anémie si la charge parasitaire est importante. Elles peuvent également être responsables d’une dermite allergique à la piqûre de puces (DAPP), puisque leur salive contient des substances allergènes. De plus, elles peuvent transmettre le vers plat Dipylidium caninum. C. felis n’a pas de spécificité d’hôte, puisqu’on peut la retrouver chez plus de 50 espèces animales différentes. Elle affecte en particulier le chat, le chien, les canidés sauvages (coyote, renard, loup), la moufette, le raton-laveur, les rongeurs, etc.

Le cycle de développement de la puce

Ainsi, lorsque l’on aperçoit une puce sur un chien ou un chat, on peut s’attendre à en retrouver au moins une centaine dans son environnement (à différents stades de développement) .

Les puces prennent quelques repas par jour, et ce souvent après avoir procédé à de multiples essais de piqûres avant de se gorger de sang. Ainsi une seule puce peut être responsable de nombreuses morsures quotidiennes !

Une puce femelle peut pondre un vingtaine d’œufs par jour pendant une période de trois semaines (ponte totale potentielle de 500 œufs durant sa vie). En supposant une génération par mois, un couple de puces pourrait théoriquement engendrer 16 millions de puces en moins de trois mois!

Heureusement, le taux de mortalité des puces en développement est normalement élevé. Les puces ne survivent pas en dessous d’un taux d’humidité relative de 50%. Aucun stade du cycle de la puce ne peut résister plus de 3 ou 4 jours à une température égale ou inférieure à 0 ºC. De plus, les larves et les pupes sont tuées à une température supérieure à 35 ºC.

La survie à l’hiver se fera sur l’hôte, dans l’environnement intérieur ou à l’extérieur dans des microclimats protégés, en particulier proche des habitations ou dans la niche, s’il y a lieu. Dans nos régions, on observe généralement un pic du nombre de puces vers la fin de l’été jusqu’au début de l’automne, mais on peut tout de même en retrouver toute l’année.

L’adulte pré-émergé peut survivre plusieurs semaines dans son cocon, jusqu’à ce que l’éclosion soit déclenchée par un facteur mécanique, une élévation de température ou un dégagement de CO2. La jeune puce doit trouver un hôte dans les quelques jours suivant l’éclosion, sinon elle meurt. L’accouplement aura lieu dès la 8è heure après le premier repas sanguin et la ponte dans les 36 heures…

En quittant l’hôte, la puce compromet grandement son espérance de vie. La fourrure protège les adultes contre les variations de température et d’humidité. Toutefois, elles peuvent être délogées facilement (ex. animal qui se gratte). Il a été démontré que jusqu’à 20 % des puces trouvées dans l’environnement ont ingéré du sang, sans qu’il soit déterminé s’il s’agit de sang animal ou, moins probablement, de sang humain (les autres étaient des puces nouvellement écloses). C. felis pourra continuer à se reproduire même si elle se nourrit exclusivement de sang d’humain mais son taux de fécondité sera grandement diminué.

Les signes cliniques chez l’animal

Les signes cliniques varient grandement chez l’animal selon qu’il y ait présence d’une allergie ou non. Lors d’infestation aux puces (pulicose), les démangeaisons peuvent être d’absentes à modérées. Les puces ont tendance à se loger à la base de la queue des animaux, à l’intérieur des cuisses et sur l’abdomen : on peut parfois en apercevoir en retournant les poils de ces régions afin d’exposer la peau. Cependant, il faut avoir l’œil vif, car elles se déplacent rapidement. Plus souvent, on ne verra que leurs excréments noirâtres (sang séché) ayant l’allure de petits grains de poivre en forme de virgule et devenant rouges lorsqu’on les humecte d’eau.

Lors de dermatite allergique à la salive de puces (DAPP) chez le chien et le chat, les démangeaisons sont généralement intenses et dirigées principalement au train postérieur (bas du dos, cuisse, aine). De plus, chez le chat, les démangeaisons et les blessures subséquentes peuvent atteindre la tête et le cou et même être généralisées. Lors de DAPP, les puces ne sont souvent présentes qu’en très petit nombre sur l’animal et parfois elles ne sont pas trouvées lors de l’examen.

Les signes cliniques chez l’humain

Les piqûres de puces chez l’humain allergique à ce parasite se retrouvent en plus grand nombre aux chevilles et aux jambes. Les parasites adultes pré-émergés peuvent demeurer dans leur cocon jusqu’à ce qu’il y ait stimuli tel les vibrations du plancher lorsque la famille revient de voyage ou un déménagement dans un appartement préalablement habité par des animaux infestés.

Lorsque les jeunes puces adultes affamées émergent du cocon, elles se précipitent aussitôt sur un hôte potentiel afin de se nourrir. À ce moment, surtout s’il n’y a plus de chien ou de chat dans leur entourage, elles sauteront sur un humain, causant des papules et des démangeaisons chez les individus allergiques à la salive de puce. Le problème risque d’ailleurs de s’aggraver lorsque le propriétaire décide de se débarrasser de son animal en raison d’une infestation de puces : les puces émergentes vont alors s’attaquer systématiquement aux humains.

Diagnostic

La confirmation d’un diagnostic de pulicose est rarement problématique, car les puces et/ou leurs déchets sont visibles à l’œil nu sur l’animal. Si aucun animal n’est présent, il est conseillé de se promener avec des bas blancs dans la pièce afin de confirmer l’infestation. Les puces affamées seront facilement visualisées sur les bas!

Traitement de l’animal

Une myriade de produits, sous une multitude de présentations, est disponible pour l’éradication ou la prévention des puces chez les animaux de compagnie. Jadis, les shampooings, poudres, aérosols, et rinces et colliers étaient utilisés avec plus ou moins de succès et l’usage d’un insecticide dans l’environnement était essentiel afin d’éradiquer une infestation de puces.

Au cours des deux dernières décénies, l’apparition, des régulateurs de croissance des insectes (IGR) ainsi que de nouveaux adulticides (insecticides qui tuent les puces adultes) sécuritaires et très efficaces en application topique a révolutionné l’approche de la lutte antipuce. Maintenant, dans plus de 95 % des cas, le traitement de l’environnement avec un insecticide n’est plus requis. Il est toutefois recommandé de nettoyer à fond l’environnement à l’aide de l’aspirateur et de jeter le sac afin qu’il ne serve pas d’incubateur. Un grand nombre de puces, d’œufs et de larves est ainsi éliminé.

Parmi les adulticides, il existe des produits à application topique comme l’imidaclopride (Advantage et le selamectin (Revolution) pour lesquels il suffit d’appliquer quelques mL sur le dos de l’animal une fois par mois. On retrouve aussi des comprimés administrés oralement une fois par mois comme le spinosad (Comfortis) et le fluralaner (Nexgard) ou une fois aux 3 mois comme afoxolaner (Bravecto). Certains colliers antipuces (ex. flumethrin et imidacloprid, Seresto) sont également efficaces. Avec tous ces produits, la majorité des puces mourront rapidement avant même d’avoir piqué l’animal.
Parmi les régulateurs de croissance des insectes (IGR) on retrouve le lufénuron (Program®), un inhibiteur de la synthèse de la chitine. Il est disponible sous forme de comprimés une fois par mois ou sous forme d’injection aux 6 mois chez le chat. Le lufénuron est stocké dans les graisses et libéré progressivement. Ce produit qui interfère avec la synthèse de la chitine (carapace) bloque pratiquement à 100 % le développement de l’œuf en adulte. Ainsi, en tuant les œufs pondus sur l’hôte, on diminue le besoin de traiter l’environnement. Il n’a cependant pas d’action adulticide et la puce doit piquer pour absorber le produit, ce qui limite son utilité lors de DAPP et de zoonose.

Comme autre type d’IGR, on retrouve les analogues de l’hormone juvénile ou juvénoïdes tels que le méthoprène, le fénoxycarb et le pyriproxifène. Les juvénoïdes agissent à des moments du cycle où le taux d’hormone juvénile des insectes devrait chuter, empêchant ainsi la poursuite du cycle. De plus, ils sont ovicides et larvicides. Leur durée d’action varie, de 3 à 12 mois, selon le produit, Les juvénoïdes se retrouvent sous une multitude de présentations telles que les colliers antipuces ou sous forme d’aérosol (combiné ou non avec un insecticide tel la pyréthrine) pour application sur l’animal ou dans l’environnement.

Comment choisir?

L’approche du contrôle antipuce dépendra des problèmes engendrés par l’infestation : prévention vs infestation vs dermatite allergique aux piqûres de puces (DAPP) vs zoonose.

Dans un contexte québécois, une grande proportion des produits antipuces vendus le sont à titre de traitement préventif. Selon le degré de risque d’infestation, la présence ou non de DAPP, la voie d’administration préférée (topique vs orale), etc., un adulticide ou un IGR sera choisi.

Lorsqu’une infestation par les puces est présente, surtout en région tropicale et subtropicale, ou lorsqu’un animal est affecté de DAPP, la meilleure approche sera souvent une lutte intégrée, utilisant judicieusement une combinaison de deux produits : un adulticide sur l’animal ainsi que l’utilisation d’un IGR sur l’animal ou dans l’environnement.

Lors de DAPP, le contrôle antipuce doit être absolu, l’idéal étant d’empêcher les piqûres, car quelques piqûres sont suffisantes pour entretenir la maladie chez un animal très allergique. Ainsi, les IGR et les adulticides nécessitant que la puce doivent piquer l’hôte pour agir sont inappropriés pour le contrôle de la DAPP puisqu’ils n’empêcheront pas la stimulation allergénique.

Lors de zoonose, une stratégie différente sera souvent adoptée. En effet, le traitement de l’environnement est, dans bien des cas, recommandable, surtout s’il n’y a plus d’animaux dans la maison. Ainsi, selon la charge parasitaire dans l’environnement, le budget, la gravité des lésions chez les humains, etc., différentes approches pourront être envisagées. Dans bien des cas, l’utilisation d’un adulticide (ex. pyréthrine ou perméthrine) avec effet rémanent dans l’environnement sera fort utile, afin d’éliminer les puces à mesure qu’elles émergent de leur cocon.

Traitement chez l’humain

Aussitôt que toutes les puces présentes sur les animaux et dans la maison auront été tuées, il n’y aura plus de nouvelles piqûres chez les humains. Il est donc inutile de traiter un humain avec un produit insecticide. Les piqûres déjà présentes disparaîtront en une à trois semaines.

Conclusion

Les informations précédentes avaient pour principal objectif de mieux faire saisir la complexité du problème que peuvent provoquer les puces, afin de se sensibiliser à l’importance du traitement et de la prévention. Toutefois, on ne saurait donner une recette miracle, applicable en tout temps, pour éliminer ou prévenir ces parasites chez les animaux de compagnie ; chacun d’eux est différent de par son environnement, ses occupations et ses habitudes. De plus, la recherche est très active en ce qui concerne la lutte contre les puces et à chaque année, de nouvelles molécules sont disponibles. En effet, des produits de plus en plus efficaces et de moins en moins toxiques font leur apparition sur le marché sur une base régulière.

Votre médecin vétérinaire, en tant que professionnel de la santé et du bien-être des animaux, saura répondre à vos questions particulières, et vous suggérer le meilleur traitement avec les meilleurs produits pour votre chien ou votre chat. Consultez-le (la) !

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