La gourme chez les chevaux, questions et réponses

Estelle Manguin, D.M.V., interne à l’Hôpital équin
Mathilde Leclère, D.M.V., Ph.D., Dipl. ACVIM, Professeure en médecine interne équine

 

La gourme est une maladie contagieuse décrite depuis près de mille ans, mais qui suscite encore de nombreuses questions.

1. Est-ce que le Québec est une région à risque ?

Oui, des cas de gourme ont été recensés dans la plupart des régions du Québec et de l’Ontario.

2. Quelle est la cause de la gourme ?

La gourme est une infection causée par la bactérie Streptococcus equi sous espèce equi (S. equi).

3. Quels sont les signes cliniques associés à la gourme ?

Les premiers signes cliniques apparaissent quelques jours après le contact avec la bactérie. La fièvre, l’abattement et la perte d’appétit apparaissent en premier, suivis quelques jours plus tard de signes plus caractéristiques de la gourme, comme le jetage nasal et le gonflement des nœuds lymphatiques (ganglions) retrouvés au niveau de l’auge et de chaque côté de la gorge (voir Illustration A). Les nœuds lymphatiques deviennent ensuite durs et douloureux pendant la phase de maturation des abcès. Pendant cette période, la douleur et l’enflure peuvent amener le cheval à garder l’encolure tendue et il peut éprouver des difficultés à manger, à boire, et dans les cas les plus sévères, à respirer (d’où le terme « strangles » en anglais). Ces abcès vont éventuellement se rompre et laisser échapper du pus riche en bactéries dans le milieu extérieur et dans les poches gutturales[1] lorsque les nœuds lymphatiques de la gorge percent dans celles-ci (voir Illustration B). Les animaux plus âgés ayant été exposés par le passé auront tendance à développer une forme plus légère.

[1] Les poches gutturales sont des cavités remplies d’air, spécifiques aux équidés, situées de part et d’autre de la gorge.

4. Existe-t-il des complications associées à la gourme ?

La gourme peut mener à des complications dans environ 20% des cas et assombrir le pronostic vital.

Dans certains cas, les bactéries ne restent pas confinées aux voies respiratoires supérieures et se propagent via les vaisseaux sanguins et lymphatiques, et peuvent ainsi former des abcès dans le thorax, l’abdomen et ailleurs. Les complications peuvent aussi venir d’une réponse exagérée du système immunitaire qui entraîne une inflammation des vaisseaux sanguins et une enflure sévère des membres (purpura hémorragique). Enfin, comme mentionné plus haut, la gourme peut mener à une obstruction des voies respiratoires supérieures, ce qui constitue alors une urgence médicale pouvant nécessiter une trachéotomie temporaire

La rupture d’abcès dans les poches gutturales peut prolonger le jetage nasal et compliquer le traitement. Dans certains cas, le pus ne se draine pas entièrement et forme des concrétions solides dans les poches gutturales. Cette complication n’est habituellement pas dangereuse pour le cheval atteint, mais celui-ci devient une source importante de bactéries pour les autres chevaux.

gourme

Illustration A: Localisation des nœuds lymphatiques sous-mandibulaires (flèche noire) et rétropharyngiens (pointillés blancs) chez le cheval. 

noeud lymphatique retropharyngien

Illustration B: Nœud lymphatique rétropharyngien (flèche) perçant la paroi d’une poche gutturale.

5. Existe-t-il un risque de contagiosité ?

La gourme est une maladie contagieuse, qui se transmet via les sécrétions purulentes des nœuds lymphatiques ou par le jetage nasal. La transmission peut s’effectuer par contact direct, ou de manière indirecte via le partage de matériel et les zones communes d’alimentation et d’abreuvement. S. equi reste toutefois spécifique aux équidés, et les transmissions aux autres espèces et aux humains sont très rares.

Les chevaux atteints de la forme abcédative classique excrètent des bactéries dans l’environnement pendant en moyenne deux à trois semaines, mais plusieurs chevaux peuvent excréter la bactérie jusqu’à quatre à six semaines après la résolution des signes cliniques. Un cheval en apparence sain peut ainsi répandre la gourme autour de lui pendant cette période. Pour compliquer encore plus les choses, les animaux ayant du pus dans les poches gutturales ou dans les sinus peuvent excréter de façon intermittente pendant des semaines, voire des mois. Lorsque le pus des poches gutturales devient sec et solide, les chevaux atteints peuvent être une source d’infection pour d’autres chevaux pendant plusieurs années, sans montrer de jetage nasal purulent.

6. Que peut-on faire lorsqu’on suspecte la gourme dans une écurie ?

En cas de suspicion d’un foyer de gourme au sein d’une écurie, il est essentiel de faire appel à votre vétérinaire qui pourra faire des prélèvements pour confirmer la présence de la bactérie et mettre en œuvre plusieurs mesures afin de limiter la contagion, incluant les mesures suivantes :

  • Cesser les mouvements d’entrée et de sortie des chevaux.
  • Établir une zone pour isoler les chevaux atteints.
  • Appliquer des mesures d’hygiène afin d’empêcher les contacts indirectes entre les chevaux via les personnes, le matériel partagé et les aires communes.
  • Prendre la température de tous les chevaux de l’écurie au minimum une fois par jour. Comme la fièvre apparaît habituellement un jour ou deux avant le début de l’excrétion de bactéries, ceci permet de détecter les chevaux malades et de les mettre en zone de quarantaine avant qu’ils contaminent les autres chevaux.

Le site de l’Association des Vétérinaires Équins du Québec donne quelques conseils pratiques sur la régie lors d’épidémie dans une écurie.

7. Est-ce que les chevaux atteints de gourme doivent recevoir des antibiotiques ?

L’usage d’antibiotiques lors de gourme classique n’accélère pas nécessairement la résolution de la maladie et la décision de donner des antibiotiques ou non sera prise par votre vétérinaire, selon plusieurs facteurs incluant le stade de la maladie. Les abcès dans le thorax et l’abdomen requièrent pour leur part l’administration d’antibiotiques de façon prolongée.

8. Que peut-on mettre en œuvre pour prévenir l’apparition de gourme dans une écurie ?

L’introduction d’un nouveau cheval dans une écurie devrait être précédée d’une période de quarantaine de trois à quatre semaines (pour la gourme et d’autres maladies contagieuses).

En plus de la quarantaine, étant donné la possibilité qu’un nouvel arrivant soit un porteur sain, des tests diagnostiques devraient idéalement être effectués avant de mettre un cheval en contact avec les autres. Ces tests incluent la recherche de S. equi par culture et amplification génique dans des échantillons provenant du nez, de la gorge et parfois des poches gutturales. Il peut être nécessaire de répéter les prélèvements pour trouver les porteurs, car l’excrétion des bactéries peut être intermittente.

9. Existe-t-il un vaccin contre la gourme ?

Deux types de vaccins sont actuellement disponibles. Ils ne sont pas utilisés de routine étant donné leur efficacité variable et de certains risques associés (développement d’abcès ou de purpura hémorragique). La vaccination est par contre souhaitable dans certaines circonstances, notamment dans une écurie où le problème est endémique et difficile à contrôler.

Finalement, après un épisode de gourme, 75% des chevaux développent une immunité efficace durant environ cinq ans, parfois plus.

Références :

  • Lindahl S, Båverud V, Egenvall A, Aspán A, Pringle J. Comparison of Sampling Sites and Laboratory Diagnostic Tests for S. equi subsp. equi in Horses from Confirmed Strangles Outbreaks. J Vet Intern Med 2013;27:542–547.
  • Couëtil LL, Hawkins JF, Respiratory Diseases of the Horse: A Problem-Oriented Approach to Diagnosis & Management 2013;256.
  • Sweeney CR, Timoney JF, Newton JR, Hines T. Streptococcus equi infections in horses : guidelines for treatment, control and prevention of strangles. J Vet Intern Med 2005;19:123-134.