Le tétanos: mieux vaut prévenir que guérir

Par Dre Séléna de Wasseige, m.v., I.P.S.A.V., résidente en médecine interne équine et Dre Mathilde Leclère, m.v., Ph. D., Dipl. ACVIM, professeure agrégée en médecine interne équine

Le tétanos est causé par des neurotoxines produites par Clostridium tetani, une bactérie présente dans le sol et les matières fécales de certains mammifères. À la faveur d’une brèche cutanée (plaie, abcès de pieds, cordon ombilical), C. tetani prolifère et produit la tétanolysine (qui lyse les tissus environnants et crée un milieu favorable à l’infection) et la tétanospasmine. La tétanospasmine remonte le long de l’axone des motoneurones et bloque la libération du neurotransmetteur GABA par les interneurones inhibiteurs, ce qui lève l’inhibition de la contraction musculaire. Ceci entraîne une tétanie spastique, contrairement au botulisme qui entraîne une paralysie flasque (figure 1).

Les chevaux sont parmi les mammifères les plus sensibles au tétanos. Les spasmes commencent généralement au niveau de la tête et du cou (hyperextension de l’encolure, procidence de la 3e paupière, lèvres et nez retroussés) puis évoluent en une raideur généralisée, une incapacité à se nourrir, un décubitus et la mort par arrêt respiratoire. Le principal diagnostic différentiel est la tétanie hypocalcémique (avec hypomagnésémie), qui se confirme avec un dosage sanguin et se traite avec du calcium et du magnésium. D’autres maladies musculaires (paralysie périodique hyperkaliémique [HYPP], rhabdomyolyse sévère) ou une méningo-encéphalite peuvent se présenter avec des signes similaires. Le traitement du tétanos inclut des antibiotiques (métronidazole, pénicilline), de fortes doses d’antitoxine tétanique pendant 3 à 5 jours, des sédatifs, des myorelaxants et des soins de support. Cette maladie reste hautement mortelle (70 à 75 %, tous âges confondus)1. La détection des signes précoces (démarche raide, trismus, 3e paupière et queue soulevées) (figure 2) et un traitement rapide augmentent les chances de survie.

Fig. 1 – Mécanisme d’action des toxines tétanique et botulinique (réalisé par Dre de Wasseige d’après Deloy et al., 1996). La toxine botulinique est internalisée et inhibe la libération d’acétylcholine à la jonction neuromusculaire. La tétanospasmine remonte le long de l’axone et se fixe dans les interneurones inhibiteurs, où elle empêche la libération de GABA, un inhibiteur des motoneurones.

Fig. 2 – Poulain atteint de tétanos (nez retroussé et contractures spastiques généralisées).

Cette maladie est un problème important dans les pays en développement, où les chevaux de travail sont rarement vaccinés2 et sporadique là où la vaccination est instaurée. Les chevaux non vaccinés, que ce soit par méconnaissance ou lié aux mouvements anti-vaccins, restent cependant à risque et des cas sont sporadiquement rapportés en Amérique du Nord, dont un poulain récemment décédé (figure 2) au CHUV de l’Université de Montréal. La bactérie étant présente dans les sols, et les plaies n’étant pas toujours détectées, seule une vaccination adéquate permet de protéger les équidés. La vaccination est efficace, avec seulement de rares cas de tétanos décrits chez des chevaux vaccinés (forme peu sévère)3. Les recommandations vaccinales pour les différentes populations (adultes, poulinières, poulains) sont publiées par l’AAEP et accessibles sur le lien suivant : https://aaep.org/guidelines/vaccination-guidelines/core-vaccination-guidelines/tetanus. Lors de la naissance d’un poulain, en cas de non-vaccination de la mère ou de défaut de transfert d’immunité passive, il est recommandé d’administrer une antitoxine tétanique à la naissance et la vaccination doit être initiée plus précocement (3 à 4 mois au lieu de 4 à 6 mois).

Références

1. MacKay RJ: Chapter 44: Tetanus, in Sellon DCaL, Maureen T. (ed): Equine Infectious Disease (ed Second Edition), Vol. Saint Louis, Saunders Elsevier, 2014, pp 368-372.
2. Kay G, Knottenbelt DC: Tetanus in equids: A report of 56 cases. Equine Veterinary Education 19:107-112, 2007.
3. van Galen G, Rijckaert J, Mair T, et al: Retrospective evaluation of 155 adult equids and 21 foals with tetanus from Western, Northern, and Central Europe (2000-2014). Part 2: Prognostic assessment. J Vet Emerg Crit Care (San Antonio) 27:697-706, 2017.

 

Source: Le Veterinarius + Numéro 21, Vol. 36 #1, Hiver 2020